lundi 18 novembre 2013

Chenille et papillonne

Il était une fois une petite chenille laborieuse qui habitait sur l'immense arbre du savoir. Sa vie n'était pas facile. Pour atteindre les quelques feuilles à grignoter, elle devait ramper sur les longues et longues branches aux multiples ramifications. On aurait pu croire qu'elle rêvait de se métamorphoser en papillon afin de s'évader de ce pénible travail. Mais non, chenille était très heureuse. Même si elle n'avait pas une minute de repos, ses longues marches permettaient à son esprit de s'envoler dans des contrées lointaines où l'imaginaire inventait des mondes extraordinaires. Un jour, une papillonne excentrique passa par là et tomba sous le charme de cette bien curieuse chenille. Afin de séduire chenille, papillonne virevolta en de fabuleuses danses où le ciel même fut ébloui par ce fabuleux spectacle. Croyez-vous que chenille leva les yeux ? Non, chenille continuait son chemin perdue dans ses pensées. Déboussolée d'être ignorée, papillonne ne lâcha pas pour autant les pattes de chenille et marcha à ses côtés comme si de rien n'était. Pff, mais ce n'est pas facile de marcher avec des ailes qui traînent. Afin de ne pas tomber mort de fatigue, papillonne alterna la marche à pied et le vol lui permettant de reposer les pieds. Branche après branche, papillonne apprivoisa chenille et, après quelques lunes, leur deux cœurs devinrent inséparables. De mémoire de fourmis, c'était la première fois que l'on voyait un couple entre une chenille et une papillonne. Ce curieux ménage décida de se construire un nid douillet : chenille passa des nuits à tisser un cocon de soie tandis que papillonne chercha des brindilles dans les prairies environnantes. Ils vécurent très heureux. Chenille continuait la journée à grignoter des feuilles, papillonne à butiner les fleurs en dansant avec ses amies et le soir ils s'endormaient l'un contre l'autre dans leur nid de soie. Cependant une petite idée était dans la tête de papillonne depuis le début de leur rencontre : leur amour serait vraiment parfait si chenille se métamorphoserait en papillon. Papillonne s'attela alors à faire germer cette idée dans la tête de chenille en lui montrant combien la vie de papillon est belle. Elle vola au-dessus des champs de blés avec chenille sur le dos, chanta les bouquets de couleurs des ailes, partagea le nectar des fleurs. Croyez-vous que chenille voulut être un papillon ? Et bien non, chenille aimait être une chenille. Ses papilles se régalaient du goût amères des feuilles variant au gré des saisons, ses milliers de petites pattes jubilaient d'impatience le matin de marcher sur l'écorce des arbres, son imaginaire explorait la géométrie extraordinaire des branches en arborescence. Oui, mais voilà, son petit cœur battait au rythme de papillonne et de ses rêves. Et, un matin, Papillonne retrouva chenille immobile ; accrochée à une branche avec un fil de soie. Chenille n'était plus, chrysalide il était, et papillon il sera. A cette promesse d'avenir, le cœur de papillonne bondit de joie et elle se mit à tout préparer pour que le jour de son premier envol tout soit parfait. Il faudrait un nouveau nid ; l'ancien caché dans l'arbre du savoir était parfait pour un couple de chenilles mais les papillons habitent sur des petits arbustes ouverts sur des prairies fleuries. Il faudrait un nouvel emploi du temps ; l'ancien rythmé à la recherche de la nourriture était parfait pour un couple de chenilles mais les papillons papillonnent dans des belles parades nuptiales à s'envoler en chœur puis atterrir côte à côte inlassablement. Il faudrait un nouveau régime alimentaire ; l'ancien constitué de feuilles amères était parfait pour un couple de chenille mais les papillons butinent le nectar, ce doux liquide sucré libéré par les fleurs. Dans ce futur idéal, Papillonne n'était plus avec chenille qu'elle aimait mais avec un papillon de rêve. Ce décalage entre la nature profonde de chenille et ce dont elle rêvait ne lui apparut pas très important au début. Malheureusement, petit à petit, ce décalage devint un pli, puis le pli s’agrandit en fissure et finalement la fissure devint un vide infranchissable. Cette triste réalité affecta douloureusement papillonne. Le matin du jour où la métamorphose de chenille fut terminée, elle s'envola dans une lointaine praire et laissa seul chenille qui allait émerger en papillon. Il pleuvait sur l'arbre du savoir. Chenille devenu papillon craqua sa chrysalide, fit sortir la tête, les pattes puis les ailes. Au moment de gonfler les ailes pour éblouir papillonne, le liquide sur ses yeux sécha et il pouvait enfin de nouveau voir. Son sourire de bonheur se transforma soudain en détresse. Papillonne n'était pas là en face de lui. Toute la journée, papillon la chercha partout dans les moindres recoins à parcourir des kilomètres et des kilomètres lors du premier vol de sa vie s'imaginant que papillonne avait été dévorée par un oiseau. Le soir venu, exténué, papillon se posa près de leur ancien cocon. Ses larmes ruisselaient sur les nervures de l'arbre du savoir dans le désespoir de la mort de Papillonne. Une fourmi passant par là-bas, vit sa détresse et lui dit : "Papillonne ne t'aime plus, elle est partie."  Ces quelques mots déchirèrent son cœur. Pendant tout l'hiver, papillon se traîna sur l'arbre du savoir qu'il avait tant aimé. Il n'avait plus gout à la vie. Au premier jour du printemps, comme chaque matin, il pleurait seul recroquevillé dans son cocon. Il entendit alors une voix grave remplie d'une douce sagesse protectrice provenant de l'arbre du savoir qui lui dit : "La vie est courte, surtout celle des papillons." Toute la journée, cette phrase résonna dans sa tête. Il ne comprenait pas ce que l'arbre du savoir avait voulu lui dire. Il s'endormit le soir en étant toujours perdu. Dans la nuit de cauchemars, une lumière fugace éclaira soudain son esprit : "La vie est courte, surtout celle des papillons. Tu as le monde à découvrir." Avant l'aurore, ses deux petites pattes étaient sur le bord d'une branche près à décoller, debout en face de la prairie là où le soleil allait se lever. Au premier rayon, il s'envola et on ne revit jamais dans la prairie de l'arbre du savoir.
Depuis lors, le temps a passé. Cependant une rumeur court de nids de fourmis à nids de fourmis, d'arbre en arbre. On a vu dans les quatre coins du monde un bien curieux papillon. Dans chaque endroit où il se trouve, il se pose sur le plus bel arbre de la région. Il passe alors son temps à explorer chaque une de ses branches et de ses nervures. Le soir, juste avant la nuit tombée, il se délecte de la sève sortant du tronc. Après quelques jours, au lever du soleil, il s'envole au premier rayon et l'on peut voir sur son visage un sourire plus grand que la terre entière. Ce papillon s'appelle chenille-papillon.

jeudi 14 novembre 2013

Couple

Deux plumes écrivent à l'encre indélébile un roman de couple mais une seule pose le point final.

Poet-poet

Mais que ni sais-je
Ma queue de singe
Ne claque pas méninges
A la quête de la Sainte joie

mercredi 6 novembre 2013

Désaccordé

21h30
3 ans de vie commune
Les doigts de la main les jours l'un sans l'autre
Elle est partie
Partie hier
Seul
Appartement soudain immense
Fuir dehors
Fumer une clope
Tsunami d'émotions
Cœur qui brûle
Ne pas résister
Pleurer Pleurer
Impossible d'éteindre le feu
Monde déchiré
Crise de sens
L'irréel est devenu réel
Le réel devient irréel
Perdu
Implorer le ciel
Crier dans le ciel
Pleurer sous le ciel
Pourquoi
Avoir fait
Ne pas avoir fait
Être un monstre qui dévore l'amour
Ne plus rien savoir
Pensée déraillante
Jambes flageolantes
Cœur déchirant
Vivant
Jamais était aussi vivant

dimanche 3 novembre 2013

Irréversible regard

Il est vingt-heures du soir
Les nuages cachent les étoiles d'espoirs
Demain avec ma belle j'ai rencard
Et au moment du premier regard
Je verrai soit la désolation d'un adieu
Soit la promesse d'un à deux
Mais il faudra tenir la barre
Même en cas de coup de Trafalgar
De ça six mois elle acceptait l'infini
Aujourd'hui son départ est en préavis
Bon dieu qu'ai-je fait qu'ai je dit
Qui la fasse soudain changer d'avis
Peut-être que mon malheur
Est quand enlacée sur un scooter
Elle a désiré un autre corps
Le temps d'un amour mort
Je spécule sur son amour oublié
Mais je n'en sais rien en vérité
Sur son bloc note rien que des clopinettes
Je n'ai pas trouvé la moindre miette
Il n'y a qu'une seule vérité
Ce soir dans un rêve s'aimer

jeudi 31 octobre 2013

Une brindille

Fermons les yeux !
Au loin une petite flamme
Un souffle et elle s'éteint
Ne plus respirer
Tu pars y déposer des brindilles
Petit à petit, le feu fleurit
Dans mon sac des bûches attentes
Ton visage dans la nuit s'éclaircit
Tu me souris 

vendredi 25 octobre 2013

Il ne faut rien

Il ne faut rien écrire mais les vagues de mots déferlent sur les yeux remplis d'embruns
Il ne faut rien espérer mais l'attente des petites et simples choses d'hier est lancinante
Il ne faut rien sentir mais le cœur comprimé bat au rythme enragé du désir d'être avec
Il ne faut rien imaginer mais le château de cartes s'écroule sous les pas chancelant
Il ne faut rien bouger mais demain est une terrible inconnue impossible à toucher
Il ne faut rien regretter mais les si j’avais tourbillonnent dans un ballet endiablé
Il ne faut rien désirer mais le sommeil est une plume flottante dans la nuit blanche
Il ne faut rien montrer mais la cocotte-minute d’émotions tremble sous la pression

Il ne faut rien mais je n’y peux rien

lundi 7 octobre 2013

Une voix et un nuage parlent

Voix  - Il faut lui dire.
Nuage - Je ne comprends pas.
Voix  - Tu sais très bien de quoi je veux dire.
Nuage - Non, je ne vois pas.
Voix  - Ah bon ?
Nuage - Oh regarde ! Le vent se met à souffler au loin sur la plaine.
Voix  - J'ai dû me tromper.
Nuage - Il emporte des nuages de toutes ses forces. Enfuyez-vous ! Trop tard, ils se déchirent contre la montagne.
Voix  - Le soleil va bientôt se coucher.
Nuage - Face à cette horreur, tu n'as que çà à me proposer : la contemplation.
Voix  - Il fut un temps où un simple rayon de soleil t'illuminait.
Nuage - Belle expérience d'observer un photon lumineux rebondir à l'intérieur d'une de mes gouttes d'eau pour se transformer en arc en ciel et éclairer ma bien aimée.
Voix  - Ah le partage des petits riens qui vous éclairent la vie de magie.
Nuage - Oui mais ma curiosité m'a poussé à poser mes yeux sur ce vaste monde et, quand le brouillard s'est diffusé, j'ai vu ce qui hante mes nuits depuis.
Voix  - J'aimais vous voir ensemble.
Nuage - Elle a dû rejoindre ces amies nuages à électriser l'air d'éclairs.
Voix  - Le temps passe et les choses changent.
Nuage - Bon les cauchemars, pour une fois, je penserai à vous demain. Mes petits rêves sont enfin de retour et ils m'ont m'apporté un bouquet de couleurs.
Voix  - Entre la terre et la nébuleuse, il y a le ciel.
Nuage - Il y a tout surtout un tout plein de petits rêves avec elle, des bulles d'airs remplis de beaux souvenirs, des paysages aux promesses d'avenir et un tout simple, je ferme les yeux et son visage est là.
Voix  - Il faut lui dire.
Nuage - Oui.

Ma bien-aimé, ton nuage est formé de gouttes d'eaux venant de toute part

De la sève de l'écorce des arbres, la couleur châtaigne de tes yeux rieurs
Des vagues roulant sur le sable, le sel de la vie dans ta tumultueuse gaieté
Du hennissement des  chevaux, la rivière de cheveux galopant sur ton dos  
Des premières larmes des enfants, ta douceur d'envelopper de coton les tracas quotidiens
De la rosée du matin sur la prairie, la fraîcheur de ta peau à la géographie bondissante
De la vapeur jaillissant des geysers, ton énergie journalière remplie de chaleur humaine 

mardi 3 septembre 2013

Saule pleureur

Saule saule pleureur
Ta sève de voitures coule en accordéon dans le canal du boulevard périphérique avec le temps du volant aliénant
Saule saule pleureur
La lumière de l'écran filtre entre ton feuillage la virtualité du monde où les images se figent sur les rétines des corps morts
Saule saule pleureur
Tes feuilles mortes de déchets tombent avec la pluie de crachats sur le bitume des rues aux sombres regards des gens de nulle part
Saule saule pleureur
Tes racines de la vie en société se perdent dans les rayons des supermarchés où les calculs égoïstes sont partagés par les hordes de djihadistes

Saule pleureur pleure tout son saoul car les Hommes ont fui son ombre protecteur où l'ennui s'envolait dans une douce rêverie
   

vendredi 2 août 2013

La montagne et l'alpiniste

Mon sommet flotte au-dessus des nuages dans les rêves des alpinistes. Quelques insouciants ont eu cette folie de tenter de me gravir et sont figés à tout jamais dans les glaciers. Il eut ce jour où toi tu es venu fouler les pâturages de ma vallée. Malgré le mauvais temps faisant suite à la terrible tempête de neige ensevelissant le dernier alpiniste, tu es resté. Lors des éclaircis, tu arpentais les pelouses et les forêts à sentir les parfums doux des fleurs et acre de la sève des sapins, à vivifier ton corps dans les torrents d'eaux vives et à dormir sur les rochers réchauffés. Dans cette douceur, tu t'es aventuré de plus en plus haut avec cette prudence d'être à l'écoute des signes annonciateurs des tempêtes. Après une longue attente au dernier campement situé au pied de la cime, il eut ce jour unique où bien avant le lever du soleil, ton ascension a commencé. Dans le dédale des rochers, le fil d’Ariane, de tes expériences à explorer les contreforts et les cirques, t'a amené au pied du pic sans fatigue perdue. Avec la sagesse d'éviter le chemin le plus court du mur de glace, tu as contourné cette mort certaine en empruntant le long chemin escarpé de l'arête. Au lever du soleil, pour la première fois, des pas ont foulés mon sommet. Je me souviens de tes yeux émerveillés par le spectacle de la mer de nuages où les lances du soleil diffusaient en des traits roses. Ce moment sera toujours là avec le cairn des cailloux que tu as déposés.
Aujourd'hui, tu t'es installé dans ma vallée mais la vie t'a apporté d'autres activités. N'étant plus ta chimère fantastique, j'écoute le vent qui m'apporte l'écho du temps passé.